Comment orienter les chercheurs d’emploi vers les entreprises qui recrutent ? 7 atouts pour rapprocher l’offre et la demande.


Comment orienter les chercheurs d’emploi vers les entreprises qui recrutent ? 7 atouts pour rapprocher l’offre et la demande.

" Avec un taux de chômage à plus de 10%, il est urgent d’orienter les chercheurs d’emploi vers les secteurs en tension, porteurs d’emplois. Une mobilisation collective est indispensable à l’échelon local. C’est le sens de la démarche Profession-emploi, qui a fait ses preuves sur de nombreux territoires. "

1-UN COLLECTIF MULTISECTORIEL

Alors que le chômage touche 10% de la population active, il existe un vivier d’emplois qui ne trouvent pas preneurs. Dans les services à la personne, l’hôtellerie-restauration, la distribution, les transports, le BTP, l’industrie, le médico-social ... de nombreux recruteurs pâtissent d’une inadéquation entre l’offre et la demande... Leurs entreprises se nomment O2 Home services (services à la personne), Domus Vi (médico-social), Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Le Duff (enseignes Brioche Dorée, Del Arte, Fournil de Pierre...), GRTgaz, ENGIE Energie Services, Transdev (transport de voyageurs) ou Disneyland Paris et proposent, chaque année sur l’ensemble du territoire national, plus de 18 000 emplois, dont 10 000 pour l’Ile de France.

Confrontés aux mêmes difficultés de recrutement, ces DRH ont décidé de jouer groupé. C’est ainsi qu’est né il y a plus de sept ans le groupe de travail national Profession emploi. Son approche multisectorielle a permis d’établir un diagnostic partagé pour identifier les préjugés dont sont souvent victimes les métiers porteurs. Ces emplois proposeraient des rémunérations peu attractives ; ces tâches seraient pénibles, répétitives, salissantes, ces métiers n’offriraient pas ou peu de perspectives de carrières... alors qu’ils proposent souvent des primes et autres avantages complémentaires, offrent de vraies perspectives d’évolution vers des fonctions d’encadrement et ont bénéficié, au cours des dernières années, d’améliorations notables en matière de conditions de travail.

2-UNE DÉMARCHE UNIQUE EN SON GENRE

L’objectif de ce collectif de DRH, concevoir en lien avec les acteurs de terrain, des actions efficaces et opérationnelles pour lever les a priori des chercheurs d’emploi sur les métiers porteurs et les orienter vers ces secteurs en tension. Sa force a été de s’ouvrir, dès l’origine, aux acteurs publics de l’emploi, de la formation et de l’orientation, mais aussi aux dirigeants d’entre¬prises locales. Des établissements de groupes industriels (Safran, Mersen ou Howmet) ainsi que de grandes enseignes comme Métro, Foot Locker ou Léon de Bruxelles mais également Assistance Publique- Hôpitaux de Paris ou l’Aforp, un centre de formation technologique et industrielle. Un constat s’impose : les entre¬prises jouent localement le jeu permettant ainsi de prendre en compte les spécificités territoriales. « Nous éprouvons de grandes difficultés à recruter localement des candidats motivés pour nos métiers dans le secteur de l’industrie malgré la mise en place d’une importante politique de formation à nos métiers » explique Cédric Toussaint, directeur de l’établissement Howmet de Gennevilliers (fonderie de 250 salariés), qui s’est engagé dans la démarche Profession-emploi avec 20 parcours de formation à la clé.

3-CONSULTER POUR MIEUX AGIR

Le groupe de travail national a organisé six rencontres Profession-emploi, sur la région Ile de France, qui ont mobilisé plus de 1000 représentants des structures dédiées à l’emploi, à l’insertion, à l’orientation, ainsi que des représentants des entreprises dans les secteurs qui recrutent. Organisées sous la forme d’ateliers et de tables rondes, ces rencontres ont permis de définir un plan d’action territorial qui donne aux acteurs publics une meilleure information sur les métiers porteurs et améliore, par voie de conséquence, l’insertion des chercheurs d’emploi dans les secteurs en tension. Dix actions concrètes ont été identifiées et sont actuellement déployées, département par département, région par région.

4-UN ENGAGEMENT FORT DE CHAQUE ENTREPRISE

Sur l’Ile de France, la quinzaine d’entreprises partenaires de Profession-emploi se sont engagées à organiser 120 visites destinées aux prescripteurs, plus de 80 interventions dans des réunions d’équipe, et à proposer près de 350 modules de découverte des métiers porteurs et 900 parcours de formation et d’insertion. Pour ces entreprises, il s’agit d’apporter des réponses concrètes aux préjugés qui entourent ces métiers porteurs. Ces actions permettent d’accompagner les prescripteurs de l’emploi dans une meilleure connaissance de ces secteurs d’activités, des aptitudes requises pour occuper ces postes, les possibilités d’évolution de carrière, les filières de formation pour accéder à ces métiers, mais également les critères et modalités de recrutement.

5-VÉRITABLE CLÉ DE VOÛTE DU DISPOSITIF : LES ANIMATEURS

Chefs d’orchestre de la démarche Profession-emploi, des coordinateurs ont été désignés localement pour formaliser le plan d’action sur les départements et les régions, accompagner leur mise en œuvre, organiser les visites d’entreprises et maintenir la dynamique territoriale. Là réside la réelle plus-value de l’opération. Le département de Seine et Marne a été le premier territoire à s’engager, fin 2011, dans la démarche Profession Emploi et a désigné l’association Initiatives 77 pour animer le dispositif et être l’interlocuteur unique des acteurs publics de l’emploi et de l’orientation ainsi que des entreprises. « Nous avons souhaité animer cette démarche car elle contribue à renforcer les liens entre les prescripteurs de l’emploi, de l’insertion et les entreprises, à fortiori sur des secteurs méconnus ou victimes de préjugés. Cette démarche a permis de créer en outre une dynamique au niveau de notre Département. », précise Annabelle Oliveira, directrice d’Initiatives 77. Cette dynamique territoriale ayant fait ses preuves en Seine-et-Marne et à Paris, le département des Hauts-de-Seine sert de laboratoire depuis fin 2014. Le Réseau des missions locales des Hauts de Seine, ML 92, fort de onze structures, assurant le rôle d’animateur.

Sur d’autres territoires, cette dynamique peut être animée par une région, un département, une Direccte, une métropole, une association de missions locales, une maison de l’emploi ou toute autre structure publique opérant sur le champ de l’emploi et de l’orientation.

6-UNE DIVERSITÉ D’ACTEURSTERRITORIAUX

Parmi les acteurs territoriaux mobilisés, on retrouve égale¬ment Pôle emploi, les missions locales, les PLIE, Cap Emploi, les École de la 2ème chance, les Cités des Métiers, les inspections académiques... « La dynamique Profession-emploi s’inscrit dans les dispositifs d’information sur les professions à destination des acteurs de l’Education nationale participant à l’accompagnement des élèves dans l’élaboration des choix d’orientation, au premier rang desquels, les enseignants et les conseillers d’orientation-psychologues », note Pierre-Yves Duwoye, recteur de l’Académie de Versailles, tandis que Olivier Las Vergnas, créateur des Cités des Métiers, estime que « Profession-Emploi s’inscrit tout à fait dans les objectifs d’aide à l’orientation, à l’insertion et à l’évolution professionnelle qui sont les nôtres ».

Les associations de structures d’insertion par l’activité économique en région comme Coorace (fédération de l’économie sociale et solidaire), l’UREI (fédération des entreprises d’insertion), Chantier École, ou la FNARS (Fédération d’associations de solidarité) sont également parties prenantes. « Les différentes actions proposées par Profession-emploi sont autant d’outils pratiques que peuvent mobiliser les conseillers en insertion professionnelle de nos structures adhérentes œuvrant pour permettre à nos publics de retrouver un emploi stable », souligne Yann Fradin, délégué départemental de la FNARS.

7-DES ENGAGEMENTS CONCRETS

A l’échelon local, chaque entreprise ou acteur de l’emploi et de l’orientation a formalisé sa participation par la signature d’une charte d’engagement Métiers Porteurs. Celle-ci précise les engagements de chacun, le pilotage, le suivi et la coordination du plan d’action qui le concerne, sans oublier les critères et conditions d’évaluation. Le bilan est plutôt flatteur : « En un an et demi, nous avons organisé 25 visites d’entre¬prise, 10 réunions d’équipe et mis en oeuvre 60 modules de découverte des métiers et parcours de formation. Profession-emploi a généré, sur notre département, une nouvelle dynamique partenariale et permis le développement de nouvelles coopérations entre les entreprises et les acteurs publics : mise en place de parcours d’insertion pour les publics plus éloignés de l’emploi, recrutement de personnes en situation de handicap, facilitation des embauches des chercheurs d’emploi au plan local... », résume Annabelle Oliveira, directrice d’Initiatives 77. La vraie plus-value pour les acteurs associatifs a été de pouvoir rencontrer des directeurs d’établissements, de démystifier l’entreprise, de découvrir des métiers peu connus. Ces rencontres, ces visites, ces réunions ont suscité des échanges « en bilatéral » entre les entreprises et les structures associatives qui ont dé¬bouché sur des actions de formation ou de l’emploi direct.

« Sur les Hauts-de-Seine, nous anticipons déjà les premières propositions d’emplois, de stages d’immersion ou de modules de découverte des métiers porteurs. » souligne Laurie Pirat, qui anime Profession-emploi dans ce département. Profession-emploi ne demande maintenant qu’à être dupliquée hors des limites de la région capitale afin de favoriser sur l’ensemble des territoires le rapprochement entre l’offre et la de¬mande d’emploi. Le jeu en vaut la chandelle, pour les entreprises, mais également pour les régions, les départements, les services de l’Etat, les métropoles, les associations de missions locales, les maisons de l’emploi et toutes les autres structures publiques intervenant sur le champ de l’emploi !

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