150 000 jeunes décrocheurs en France... Comment améliorer leur entrée sur le marché du travail ?


150 000 jeunes décrocheurs en France... Comment améliorer leur entrée sur le marché du travail ?

(JPG) Face à ce constat, l’État, les partenaires sociaux et les missions locales ont engagé, en s’appuyant sur l’ANI “jeunes” (Accord National Interprofessionnel), des actions qui prévoient d’accompagner de manière renforcée les décrocheurs. Dans ce contexte, la Mission locale de Paris déploie un dispositif spécifique pour aider les décrocheurs à sortir de la spirale de l’échec.

Les chiffres montrent que le taux de chômage des jeunes est d’autant plus fort que le niveau de diplôme est bas et les problèmes d’accès à l’emploi d’autant plus importants que l’abandon des études a été précoce. Chaque année, près de 20 % des jeunes quittent l’école sans diplôme du second cycle du secondaire et 10 % sans aucun diplôme (ni brevet des collèges, CAP, BEP, baccalauréat ou équivalent). Ainsi, même si le niveau de formation a globalement progressé au cours des dernières décennies, le taux d’échec en formation initiale demeure important. En France, 32 % des jeunes sans qualification sont au chômage, contre 8 % des jeunes diplômés. Les non diplômés subissent plus que les autres des trajectoires d’insertion difficiles, caractérisées, soit par un éloignement durable de l’emploi, soit par une alternance récurrente entre périodes d’emploi et périodes de non-emploi.

LA NECESSITE D’UN ACCOMPAGNEMENT DURABLE

Les jeunes décrocheurs en recherche d’emploi constituent un public particulier à accompagner. Sortis brutalement du système scolaire, ils sont souvent démotivés, en grande rupture sociale. Ils ont besoin de se remobiliser, de retrouver confiance en eux et de reconquerir l’estime de soi. Ils peuvent parfois nourrir une colère contre la société considérant que leur statut peut les empêcher de se projeter dans l’avenir, de bénéficier d’un emploi stable, de fonder une famille... Sachant combien il est difficile de se reconstruire pour un adulte après un échec, on imagine toute l’énergie qu’il faut déployer pour remettre un jeune dans une perspective positive...

Face à ce constat, la Mission locale de Paris, en étroite collaboration avec l’Académie de Paris, a mis en place une cellule dédiée aux jeunes décrocheurs. Son rôle : accompagner, conseiller et soutenir les jeunes décrocheurs jusqu’à la signature de leur contrat de travail. C’est donc un accompagnement global réalisé de l’amont à l’aval : identification des jeunes, accompagnement individualisé et suivi dans l’emploi pour en assurer la pérennité. « Nous nous sommes très vite rendu compte que l’action de la cellule nécessitait un rapprochement étroit avec les entreprises. Nous avons donc recruté un chargé de relations entreprises et nous l’avons immédiatement immergé dans sa mission en construisant son réseau d’entreprises avec l’aide du réseau national Cap-parrainage », précise Antonio Correia, Directeur général de la Mission locale de Paris.

LA DYNAMIQUE DU PARRAINAGE

Cap-parrainage fédère plus de 650 sièges socaux, PME-PMI et TPE autour du parrainage de chercheurs d’emploi et accompagne les acteurs de l’emploi et de l’insertion dans la constitution de réseaux d’entreprises locaux. Depuis plus de quinze ans, ce réseau mobilise sur l’ensenble du territoire plus de 700 entreprises et 1.250 parrains en activité, exclusivement des cadres RH ou dirigeants d’entreprises, à raison de deux rencontres par mois, pendant six mois, avec un chercheur d’emploi.

L’expérience du parrain, sa connaissance des réalités du secteur, des métiers lui permettent d’intervenir comme un véritable conseiller avisé. Celui-ci donne au parrainé les clefs nécessaires pour répondre aux attentes des recruteurs grâce à sa connaissance des besoins des entreprises et des codes de recrutement. Le parrain conseille le chercheur d’emploi sur son potentiel, ses compétences et ses atouts à mettre en valeur, ses points à améliorer. Il aide ainsi le chercheur d’emploi à reprendre confiance en lui. « Le réseau Cap-parrainage déployé à Paris permet une réelle transformation, essentiellement parce que le parrain est actif et reçoit le jeune dans son cadre de travail. Ces rendez-vous réguliers, au sein d’une entreprise, contribuent à intégrer le chercheur d’emploi dans la vie active. Les entreprises mobilisées à Paris sont, pour la plupart, des établissements prestigieux et le simple fait d’y avoir accès permet au jeune décrocheur de retravailler l’estime de soi, la confiance en soi », constate Sabrina BOULEFRAD, responsable de la cellule décrocheurs à la Mission locale de Paris.

SUSCITER DES VOCATIONS

À Paris, le parrainage devient un outil d’orientation par l’élargissement du choix professionnel. Les parrains permettent aux jeunes décrocheurs de découvrir d’autres horizons que ceux qu’ils ont imaginés jusqu’alors et d’envisager des métiers débouchant sur des emplois durables. La mission des parrains consiste entre autres à susciter des vocations et favoriser l’insertion des jeunes en leur donnant le goût pour un métier et en les aidant à se revaloriser.

Le choix du secteur du tourisme, de l’hôtellerie-restauration et des loisirs, permet de répondre à de nombreuses attentes des secteurs et des jeunes. « Notre activité est régulièrement confrontée à des difficultés de recrutement. Les causes peuvent en être multiples et les raccourcis et clichés sont légions. Mon expérience de plus vingt ans m’a enseignée que certains responsables ne sont pas formés au recrutement, car trop opérationnels dans leur discipline. D’autre part, bien souvent, les candidats manquent d’expérience pour valoriser leur potentiel », remarque Xavier Le Ru, Directeur général de l’hôtel Radisson Blu Ambassador Paris-Opéra.

En choisissant de mobiliser des enseignes prestigieuses, le parrainage contribue à valoriser les métiers du secteur et les individus qui y travaillent. De plus, les entreprises de l’hôtellerie-restauration et des loisirs sont souvent, pour la plupart, déjà sensibilisées à la diversité des recrutements. Plus que les compétences techniques, leurs métiers donnent la priorité aux aptitudes et au savoir-être... une chance pour les jeunes décrocheurs peu qualifiés ou sans diplôme !

L’ENTREPRISE FORMATRICE

Dans ces secteurs qui peinent à séduire, il est possible de trouver un grand nombre de métiers qualifiés auxquels on peut prétendre sans diplôme de départ. La formation des candidats peut être assurée par l’entreprise elle-même, la plupart des enseignes disposant de leur propre institut de formation. Cap-parrainage a également un impact sur le système traditionnel des Centres de Formation d’Apprentis où les vocations sont trop rares et les abandons en cours de formation nombreux. L’accompagnement d’un jeune par un professionnel lui permet de prendre conscience de la réalité du métier, de valider son choix d’orientation et de sécuriser son parcours de formation.

Une étroite collaboration entre la Mission locale de Paris et le CFA EPMTTH (École de Paris des Métiers de la Table, du Tourisme et de l’Hôtellerie) facilite ainsi l’entrée en formation de ces jeunes décrocheurs parrainés. « C’est dans l’esprit de formation des générations futures de nos métiers que nous sommes ravis de contribuer au parrainage qui est dans la lignée d’une envie de progression permanente. Nous sommes fiers de pouvoir transmettre nos connaissances acquises auprès de nos illustres prédécesseurs et de continuer cette transmission », confirme Patrick Simiand, Directeur d’exploitation du Pavillon Ledoyen.

Cap-parrainage a ainsi permis de mobiliser sur Paris 70 entreprises du secteur des loisirs, de l’hôtellerie-restauration et du tourisme et 82 cadres dirigeants issus de 36 entreprises se sont engagés dans la démarche, pour accompagner 100 jeunes décrocheurs. « C’est une belle réussite qui est liée à la méthodologie déployée au sein du réseau Cap-parrainage proposant des engagements mutuels et des outils d’accompagnement (guide pratique du parrain, carnet de bord du chercheur d’emploi, intranet...) qui renforce la mission de chacun. Cette formalisation du partenariat avec les entreprises, par la signature d’une convention, est le facteur de réussite dans la mobilisation durable des parrains. », rappelle Alain Guille, Chargé des relations avec les entreprises et animateur du parrainage à Paris au sein de la Mission locale.

Chiffres-clés

44 % des décrocheurs parrainés ont un niveau V, 26 % niveau V bis et 20% niveau VI. • 45 % de ces jeunes sont en recherche d’emploi depuis plus d’un an. • 65 % de retour à l’emploi et en formation qualifiante à l’issue du parrainage.

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